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Dossiers thématiques

Sol et séquestration du carbone

Le stockage du carbone dans les sols: quels processus? Comment le mesurer?

 

Intervenant : Martial Bernoux – IRD UMR Eco&Sols (Ecologie Fonctionnelle et Biogéochimie des sols)

 

Résumé :

Le carbone des sols est au cœur des conventions internationales, notamment celles sur le climat et la désertification, mais aussi des préoccupations croissantes sur la sécurité alimentaire. En effet, le carbone du sol assure directement ou permet indirectement de nombreux services écosystémiques indispensables à nos sociétés. Les sols n’ont pas été jusqu’à présent la priorité en termes de lutte contre le réchauffement climatique du fait de nombreux point de blocage, en particulier concernant la mesure. Le stock global de carbone dans le sol est important puisque les sols comportent au moins le double de carbone organique que dans l’atmosphère. De plus on connait également les pratiques agricoles susceptibles d’accroitre les stocks et l’on sait aussi que les quantités en jeux sont phénoménales: une variation très faible du stock contenu dans les 30 premiers centimètres des sols pourrait soit annuler le puits terrestre, soit permettre d’absorber l’accroissement annuel.

 

La prise en compte du stockage de carbone dans les sols par la sphère politique ou par le marché carbone ne sera possible que si les comptabilités ex-ante et ex-post ne sont rendues possibles. Concernant les évaluations ex-ante, il est nécessaire de développer des outils permettant de faire facilement le bon choix parmi les différentes pratiques et options de gestion qui permettent d’augmenter les stocks de carbone des sols. Ces pratiques doivent être validées par des mesures faites selon différents contextes pédoclimatiques. Pour la vérification finale (comptabilité ex-post), il est nécessaire de mettre au point des techniques faciles à mettre en œuvre et à moindre coût et qui, idéalement, puissent opérer in-situ. La spectroscopie infra-rouge semble le mieux placée pour cela.

 

Présentation de l'intervenant : Martial Bernoux est directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement, il est expert en modélisation et spatialisation, spécialiste du carbone du sol. Il possède un doctorat en Science du Sol de l'Université d'Orléans (1998) et un post-doctorat de l'Université de São Paulo (1999). Il fait partie du conseil scientifique de GESSOL, et est également expert pour la FAO.

 



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Sol et marché du carbone

 

Intervenant : Claudine Foucherot – CDC Climat

Résumé :

Le protocole de Kyoto  a fixé aux pays Européens l’objectif de réduire leurs émissions de 8 % par rapport à 1990 sur la période 2008-2012. Pour y parvenir, un système intérieur d’échange de quotas de CO2 couvrant les secteurs industriels et de l’énergie a été mis en place. Les industries soumises à quotas ont la possibilité de compenser une partie de leurs émissions via des projets de compensation carbone de type « Kyoto» pour atteindre leurs objectifs. Par ailleurs, tout un chacun peut compenser de manière volontaire ses émissions. A ce jour, sur les 733 projets agricoles recensés, 65 sont des projets de séquestration du carbone dans le sol (arrêt du labour, conversion de cultures en prairies …). Ils ont permis de réduire les émissions de 6,5 MtCO2e par an en moyenne ce qui représente environ un millième du potentiel technique. Le manque de données fiables, le coût des mesures et le caractère diffus des émissions sont les principaux freins au développement de tels projets. Pour dépasser ces barrières, plusieurs pistes de recherche pourraient être explorées dont notamment :

 

  • La question de l’échelle du projet : en intégrant les coûts de mesure, à partir de quel échelle un projet de compensation carbone basé sur la séquestration dans les sols agricoles devient-il rentable ? Notamment quel usage peut-être fait de nouvelles techniques de mesures moins coûteuses (laser) ou de bases de données existantes ?

En dehors de la rentabilité, y a-t-il des barrières culturelles à la mise en œuvre de projets de séquestration dans les sols comme le non-labour ou le couvert végétal permanent ?

 

Présentation de l'intervenant : Claudine Foucherot est étudiante à AgroParisTech et a rejoint CDC Climat Recherche dans le cadre d’une formation en alternance. Elle travaille sur les mécanismes de projet dans le secteur agricole.



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L'intégration aux politiques agricoles du stockage de carbone dans les sols

 

Intervenant : Sandrine Lemenager – MAAPRAT/DGPAAT/SDBE/BSE

 

Résumé : De par leurs multiples fonctions, les sols sont au cœur d'enjeux planétaires : production agricole et qualité sanitaire des aliments, gestion qualitative et quantitative de l'eau, préservation de la biodiversité, recyclage de la matière organique, et bien sûr changement climatique...En effet, les sols agricoles et forestiers, qui couvrent 82% du territoire national et qui retiennent une importante part du carbone (cf intervention précédente), représentent un élément très important des réflexions en matière de stockage de carbone. S'il n'existe pas actuellement de mesure spécifiquement intitulée « stockage de carbone » dans les politiques agricoles et forestières, certaines mesures existantes y contribuent indirectement. Au niveau européen, la préparation de la prochaine politique agricole commune 2014-2020 est l'occasion de réflexions sur le sujet. En parallèle, la recherche est engagée, comme encore récemment sur l'intégration des surfaces agricoles au système de comptabilisation du stockage de carbone par les sols.

Sur cette thématique, et alors qu'une politique globale de gestion des sols reste à construire, les besoins de recherche sont réels. Si la compréhension des phénomènes en jeu et la construction de méthodologies scientifiques de comptabilisation semblent déjà investis et méritent d'être poursuivis, l'évaluation des politiques publiques (agricoles ou non) au regard de cette fonction de stockage du carbone paraît essentielle.

In fine, l'estimation du coût d'opportunité de la mise en œuvre d'une politique de stockage du carbone par les sols représenterait un formidable outil d'aide à la décision pour les pouvoirs publics.

 

Présentation de l'intervenant : Sandrine Lemenager est ingénieur des ponts, des eaux et des forêts. Elle est chargée de mission sur les sols dans le bureau des sols et de l’eau au Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l'Aménagement du Territoire.



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Discussion suite à la session "Sol et séquestration du carbone"

Le déstockage de carbone des sols pourrait annuler les efforts des autres secteurs. Actuellement des travaux existent pour intégrer les évolutions des stocks de carbone dans les politiques nationales : si la France ne le comptabilise pas actuellement, d’autre pays le font, comme le Canada, le Danemark, l’Espagne et Portugal.

 

Des mécanismes de préservation des stocks de carbone et/ou de stockage additionnel pourraient être mis en place, par exemple sous la forme d’un marché carbone ou d’éco conditionnalité. Si ces mécanismes de soutien sont intéressants ils semblent cependant difficiles à appliquer. En effet, le suivi et la vérification à long terme des pratiques posent problème puisque la temporalité du stockage est estimée à 10 à 20 ans et qu’il n’existe actuellement pas de méthode de mesure rapide et peu coûteuse (des travaux sont en cours dans le cadre du programme GESSOL).

 

Par ailleurs, la mise en place de crédits carbone sur les stocks des sols pourrait générer des bulles spéculatives avec un risque de déstabilisation des marchés du carbone. Il est cependant signalé que pour l’instant, le marché carbone pour l’agriculture n’est pas rentable et il n’y a pas de demande. L’option envisagée, plus simple à mettre en place, serait de certifier des pratiques pertinentes vis-à-vis du carbone qui ne conduiraient pas obligatoirement à des crédits ou bien à un stockage maximal mais entretiendrait au minimum l’état organique des sols.

 

Si des mesures politiques nouvelles et volontaristes pourraient accélérer la prise en compte du carbone des sols, l’analyse des mesures nationales existantes, mises en place dans le cadre de la PAC, montre qu’elles contribuent certainement à entretenir le statut organique des sols (ex : présence de haies, de bandes enherbées, sols couverts en hiver, non brûlage des pailles…). Par conte, aucune évaluation ni essai de chiffrage n’ont pour l’instant été réalisés…

 

Parallèlement, il est signalé que les pratiques d’exportation des pailles ou de la biomasse forestière s’intensifient tant pour des besoins énergétiques que de matériaux. Il devient alors difficile de concilier un entretien des stocks de carbone des sols si cette perte de matière organique s’intensifie. Des évaluations sont à conduire rapidement pour conseiller les pouvoirs publics, alors même que la recherche est peut être déjà en retard sur ces questions (des données sont certainement manquantes…).

 

Finalement, il convient de rester vigilant, le carbone n’est pas le seul enjeu à considérer, il s’agit d’avoir une approche globale intégrant par exemple les émissions de N2O, les risques sanitaires et la préservation de la biodiversité… en conservant l’alimentation comme un enjeu prioritaire. Des compromis sont donc incontournables, il n’y a pas de solution miracle.



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Fichiers attachésMise à jourTaille
Bernoux_processus et mesure du stockage de carbone dans les sols_oct2011.pdf28/10/20114.45 Mo
Foucherot_Sol et marchés carbone_oct2011.pdf28/10/2011220.63 Ko
Lemenager_carbone sol et politiques publiques agricoles_oct2011.pdf28/10/2011276.15 Ko